SALUT À TOUS j'es-père que vous allez bien ! On se retrouve aujourd'hui pour une nouvelle newsletter. Merci beaucoup pour vos retours sur les deux premières éditions, c'est très très apprécié. Pas de longue introduction aujourd'hui, on commence direct !
🍟 Parapapapa
Formidable curation des McDo les plus étonnants du monde, "Nonstandard McDonald's" recense les fast food les plus fous de la chaine américaine. Est précisé à chaque post la localisation du bâtiment, et si ce dernier est actif ou fermé. J'ai pu y découvrir un des sept McDo américains qui n'ont qu'une seule arche en lieu et place du "M", pourquoi le McDo de Sedona (Arizona) a une arche turquoise plutôt que le traditionnel jaune, le "McSki" de Sälen en Suède, dans lequel on passe au drive... en ski. Le McDo où l’on mange des nuggets dans un avion en Nouvelle-Zélande, sur le Nil à Assouan en Égypte, ou dans une pyramide à l'hôtel Ibis de Coire (Suisse).

Quand on pourrait s'attendre à ce qu'une telle chaine de fast-food alimente une uniformité architecturale stricte (genre Buffalo Grill), la créativité est pour le moins surprenante, parfois déroutante. L'exploration de ce compte se révèle être étonnamment cathartique. Plus je voyais ces lieux qui me provoquaient fascination et effroi, moins j'avais envie de McDo. Tant mieux j’imagine.
🇨🇿 L’ambassade tchèque à Berlin
L'été dernier, je suis parti en amoureux à Berlin pour une quête architecturale que j'avais initié à travers mes lectures sur le Bauhaus (comme celle-là) et la construction de la ville. Comme tout amateur d'architecture qui n'y connait quasiment rien, j'ai couru après les célèbres Mies van der Rohe, Le Corbusier, ou Walter Gropius. En réalité, je n'ai même pas vu les deux derniers tant je suis resté dans le centre. Cependant, en quittant la Potsdamer Platz pour la porte de Brandebourg, je bug complètement sur un bâtiment fascinant.

Brutaliste dans l'âme, j'ai été charmé par la perception qu'on peut avoir de ces bâtiments en béton, à la frontière entre le futurisme et le désuet. Située dans le quartier des ambassades de Berlin (dans ce qui était à l'époque Berlin-Est), à proximité de la porte de Brandebourg où français et américains se mettent bien, ce qui était alors l'ambassade de la République Socialiste Tchécoslovaque voit le jour pendant la Guerre Froide. Entre 1974 et 1978, le couple d'architectes tchèques Věra Machoninová et Vladimír Machonin pensent le design du bâtiment et de son intérieur.
Quand l'ambassade ouvre en 78, le couple ne reçoit aucune reconnaissance pour leur travail à cause d’une raison particulière. Après le printemps de Prague de 1968, certains tchèques sont exclus de leurs professions (dans le cas de nos architectes, leur firme était en conflit avec le régime). Ainsi, Machoninová et Machonin restèrent en quelque sorte des architectes clandestins jusqu'en 90 et la chute du régime communiste.

En 93, la Tchécoslovaquie n'est plus et la Slovaquie obtient son ambassade à Tiergarten. Ce qui pose un problème car la taille du bâtiment avait été pensée pour près de 500 employés, mais la séparation du pays et l'évolution du contexte géopolitique a fait diminuer la nécessité de personnel à 50 employés aujourd'hui. Remis en cause un temps quant à son rendement, le bâtiment a été conforté et préservé.
En Europe de l’Est, nombreux bâtiments brutalistes soviétiques ont été abandonnés au fil des ans. Ils tiennent debout en portant le poids du temps, de l'Histoire en étant soutenu par la nostalgie des amoureux d'une architecture perdue. À Berlin, l'ambassade de la République Tchèque trône comme une parenthèse nostalgique immuable dans un environnement contemporain témoin des grandes évolutions de l'Histoire.
En parlant d'Histoire de l'Allemagne, Joyeux Anniversaire en retard à la chute du Mur et à CE moment gravé à jamais dans l'Histoire de l'humanité.
Le texte qui suit est écrit par Nathan Vergé, qui contribue grandement au développement d’Éclectique avant même qu’Éclectique ne soit quoi que ce soit de concret. Nate étudie à l’ENSAV (école du cinoche) ce qui fait de lui un 𝔠𝔦𝔫𝔢𝔭𝔥𝔦𝔩𝔢, ce qui fait de lui un mec cool puisqu’il est en mesure de parler pertinemment de Kubrick ou d’Andrei Tarkovsky. De temps à autre, il viendra enrichir MDMA de sa culture ciné. Aujourd’hui, il nous parle d’A24 (la meilleure société de production del mundo) et d’un trailer intriguant.
🐌 Éloge de la lenteur
NV : En me baladant récemment dans les vidéos de mes abonnements YouTube, je suis tombé sur un étrange trailer. La chaine YouTube est celle d’A24, célèbre entreprise américaine de production indépendante d’où sont déjà sortis moult chefs-d’œuvre dont The Lighthouse, First Cow, Mid90’s ou encore Uncut Gems. La vidéo est intitulé « The Beach | Official (Infinite) Trailer HD | A24 ». « (Infinite) » ? Pas très commun dans le titre d’un trailer YouTube.
Après le premier visionnage de la vidéo, je ne comprends pas grand-chose. Un homme, une plage, des poules, de la cuisine, une succession de plusieurs trailers et surtout un étrange appel à visionner le film durant la semaine du 22 au 28 novembre (uniquement) lors d’un événement en continu sur une plateforme en ligne made in A24 intitulée « Screening Room ».
En fouillant quelques articles comprenant des interviews du réalisateur, Warwick Thornton, j’apprends qu’originellement le film est en réalité un docu-série en six parties de 25 minutes diffusées sur des chaines australiennes. A24 aurait donc potentiellement fait de cette série un film de 2h30 qu’ils diffuseront en boucle durant la semaine du 22 au 28 novembre. Original.
Pour ce qui est du contenu, comme toute communication autour des nouvelles sorties A24, c’est assez flou et mystérieux. Le trailer met l’accent sur une expérience sensorielle qui semble s’éloigner (renforcé également par sa diffusion particulière) des formes classiques du cinéma. À l'occasion d’une interview accordée au Guardian lors de la diffusion originelle de la série, Thornton nous apprend qu’elle lui a permis de s’enfuir et de se réaligner après un coup de mou sur son esprit, son corps et son âme en essayant de retrouver une forme de modération dans une époque de surplus.
The Beach, avec sa longueur et son approche très méditative et contemplative, s’inscrit pleinement dans le genre du « Slow TV » qui consiste à filmer et diffuser de manière ininterrompue — du début à la fin — un événement tout à fait ordinaire. Une des œuvres les plus notables, et sûrement celle qui amorce le genre, est la diffusion du trajet de Bergen à Oslo à la télévision norvegienne, durant 7h.
Dans la même veine, une diffusion live de 134 heures (cinq jours et demi, tout de même) d’un voyage en bateau est retransmise en 2011 toujours à la télévision norvégienne. Sa popularité grandissante durant la fenêtre de visionnage (50% de la population s'est branché dessus à un moment donné) l’a quasiment transformé en un évènement interactif, des bateaux rencontrant le navire le long de la côte afin d'apparaître comme figurant dans la distribution. En France, le concept est arrivé sur France 4 en 2014 avec Tokyo Reverse. Durant 9 h 10, un homme déambule dans les rues de Tokyo, avec comme particularité que les séquences sont diffusées en sens inverse, faisant donc du personnage central la seule personne avançant et le monde reculant autour de lui. Étrange.
Matthieu à nouveau : Avant de se quitter, je voulais vous partager pêle-mêle l'excellente newsletter Embedded de Kate Lindsay et Nick Catucci et leur superbe édition sur "l'internet qui disparait", les TikToks ferroviaires de Francis Bourgeois, ou un article vraiment excellent sur le concert tragique de Travis Scott au début du mois.
Merci d'avoir lu 🫂 et à la semaine prochaine !
Matthieu

